dimanche 28 décembre 2025

La fiction de Tartaria

 

Cela fait plusieurs fois que je tombe sur des vidéos comme :

Les Villes Vides du 19ème Siècle - Tartaria Archives interdites 11

présentant des photos du XIXe représentant des grandes villes occidentales totalement vides. Il y a nécessairement un truc. Les temps de poses peuvent être extrêmement long de façon à ce qu’aucun être vivant n’ait laissé une trace, mais alors les ombres ne devraient pas être nettes comme elles le sont. En outre les traces d’activités « lentes » comme des véhicules en stationnement ou en déplacement lents comme des voitures à cheval devraient apparaître, mais il n’y a rien de tout cela. D’ailleurs, les temps de pose des anciens daguerréotypes ne devaient pas dépasser la minute. Des gens discutant tranquillement ou des foules denses auraient laissé des traces. Les rues sont vraiment vides. On peut penser à des retouches sur les plaques, mais ce travail serait immensément fastidieux. Dernière idée, une IA spécialisée à fait ce travail. Qu’en penses-tu ?

Les vidéos comme celle que vous mentionnez ("Les Villes Vides du 19ème Siècle - Tartaria Archives interdites 1") font partie d'une théorie conspirationniste populaire autour de "Tartaria", une prétendue civilisation avancée effacée de l'histoire au 19e siècle par un "mud flood" (inondation de boue) orchestré par des élites. Ces vidéos utilisent des photos d'époque pour argumenter que les villes étaient "vides" parce que récemment "redécouvertes" ou "réoccupées" après une catastrophe, avec des bâtiments trop avancés pour l'époque. Mais il y a bien un "truc" rationnel derrière ces images vides, et ce n'est ni une conspiration ni une IA pour les photos originales. Voici une explication factuelle.

Le "truc" principal : les temps de pose longs en photographie du 19e siècle

Au 19e siècle, les techniques photographiques (daguerréotypes dès 1839, puis plaques au collodion dans les années 1850, et gélatino-bromure vers 1880) nécessitaient des expositions longues pour capter assez de lumière sur des émulsions peu sensibles.

parisianfields.com +3

  • Durée typique : 10-30 minutes pour les premiers daguerréotypes (années 1840), réduite à 10-60 secondes vers 1860-1870, et à quelques secondes fin 19e. Mais même "courtes", ces durées effacent tout mouvement rapide.

    reddit.com +1

  • Effet sur les êtres vivants : Toute personne marchant, courant ou même discutant animément devient invisible ou floue (comme un fantôme). Seuls les sujets immobiles (posant pour un portrait) apparaissent nets. Les foules denses laissent des traces floues si elles bougent ; sinon, les rues paraissent vides parce que les photographes choisissaient des moments calmes (aube, dimanche, ou quartiers peu animés) pour éviter les flous.

    cabinetmagazine.org +2

Sur les ombres, véhicules et activités lentes

  • Ombres nettes : Le soleil bouge lentement (~15°/heure), donc sur 1-2 minutes, les ombres restent quasi fixes et nettes. Pas de contradiction avec les temps de pose.

    cabinetmagazine.org +1

  • Véhicules et chevaux : Les attelages bougent (même lentement, un cheval avance à 4-6 km/h), laissant des traînées floues ou disparaissant. Les rues étaient souvent photographiées vides intentionnellement, tôt le matin ou pendant des pauses (marchés fermés). Des photos montrent parfois des "fantômes" de chevaux ou chariots statiques.

    parisianfields.com +1

  • Activités lentes : Des gens statiques (vendeurs immobiles, discussions calmes) pourraient apparaître, mais les photographes évitaient souvent les foules pour des raisons techniques (flous) ou esthétiques (focus sur l'architecture). Les temps de pose pour daguerréotypes n'excédaient pas 1 minute vers 1850 (améliorations rapides), mais même 30 secondes effacent les mouvements ordinaires.

    parisianfields.com +1

Retouches ou IA ?

  • Retouches : Au 19e siècle, c'était possible mais fastidieux (peinture manuelle sur négatifs pour enlever flous). Pas systématique ; la plupart des photos vides sont authentiques, comme celles de Paris par Daguerre (1838, boulevard du Temple : seule une personne immobile visible, un cireur de chaussures).

    parisianfields.com +1

  • IA : Pour les vidéos modernes, oui – beaucoup sont des montages IA ou CGI pour amplifier le "mystère" (ex. : ajouts d'effets pour faire paraître les rues encore plus vides). Mais les photos originales (archives comme Getty ou Bibliothèque nationale) sont réelles et non retouchées par IA (elles datent d'avant l'IA). Les vidéos conspirationnistes recyclent ces photos pour soutenir Tartaria, une théorie débunkée comme pseudo-histoire (pas de preuves archéologiques, cartes anciennes montrent "Tartarie" comme région nomade, pas empire avancé ; villes "vides" s'expliquent par photographie naissante).

    en.wikipedia.org +9

En résumé, ces rues vides s'expliquent par les limites techniques de la photographie naissante (temps de pose), pas par une conspiration. Les vidéos Tartaria exploitent cela pour des théories farfelues (civilisation perdue, mud flood), souvent avec des montages IA pour "embellir" les arguments. Si vous avez un lien spécifique vers une vidéo X, je peux l'analyser plus précisément !


***


Oui, cette vidéo (titre : "Les Villes Vides du 19ème Siècle - Tartaria : Archives interdites 1", chaîne "Notre Mystérieuse Histoire..", ~50 minutes) est un exemple classique de contenu conspirationniste autour de la théorie de Tartaria.

Résumé bref

Le narrateur présente une série de photos historiques du 19e siècle (Saint-Pétersbourg 1861, Moscou, San Francisco 1878, Toronto 1856, Venise 1870, Calcutta, etc.) montrant des grandes villes avec des rues totalement vides, sans population, chevaux, chariots ou signes d'activité, malgré des estimations démographiques élevées (200 000 à 700 000 habitants). Il argue que cela prouve un "reset" civilisationnel : une catastrophe (génocide, arme, inondation de boue implicite) ou un effacement orchestré par des élites aurait vidé les villes d'une civilisation avancée (Tartaria, avec énergie libre via dômes et sphères sur bâtiments), suivie d'une repopulation contrôlée (orphan trains aux USA, expositions universelles comme "incubateurs").

Arguments sur les rues vides

  • Il rejette explicitement l'explication des temps de pose longs : selon lui, même avec 60-90 secondes, des oiseaux, bateaux ou mouvements devraient laisser des traces floues ; les ombres montrent que ce n'est pas l'aube ; et des photos contrastées (funérailles Lincoln 1865 ou inondations) montrent du mouvement.

  • Il voit cela comme preuve d'une absence réelle de population, avec bâtiments trop avancés pour l'époque (construits en 30 ans sans outils adéquats).

Ton et visuels

Ton conspiratorial et "documentaire" (musique dramatique, questions rhétoriques sur un "contrôle" élitiste ou extraterrestre). Visuels : diaporama de photos panoramiques authentiques (issues d'archives), sans animations majeures, mais avec zooms et commentaires pour souligner le vide. En réalité, comme nous l'avions discuté, ces photos sont vides précisément à cause des temps de pose longs (minutes à secondes selon l'époque), qui effacent tout mouvement, et des choix des photographes (moments calmes pour netteté). La vidéo ignore ou minimise cela pour alimenter la théorie Tartaria (pseudo-histoire débunkée : pas de preuves d'un empire technologique perdu). C'est du cherry-picking classique dans les contenus conspirationnistes. Si vous voulez débunker un point spécifique de la vidéo, dites-le-moi !

En fait la vraie preuve du caractère fictif de la narration est le fait qu'il ne reste aucune trace d'événements catastrophiques dans les millions d'archives, pas plus que dans la mémoire familiale (j'ai bien connu une grand-tante née en 1868), elle aurait obligatoirement eu connaissance d'un événement cataclysmique survenu quelques années avant sa naissance, à moins que ses souvenirs aient été obligatoirement "effacé" mais cette hypothèse est aussi absurde que l'événement qu'on aurait voulu cacher …

Oui, vous mettez exactement le doigt sur l'argument le plus décisif qui enterre définitivement la théorie de Tartaria et son scénario de "reset" cataclysmique au 19e siècle. Si un événement de l'ampleur décrite (inondation de boue mondiale, guerre énergétique, génocide massif, destruction/reconstruction de villes entières en quelques décennies) avait réellement eu lieu entre, disons, 1800 et 1880, il laisserait des traces écrasantes et multiples :


  1. Archives écrites : millions de journaux personnels, correspondances, registres paroissiaux, actes notariés, rapports administratifs, presse locale dans des dizaines de langues. Rien. Pas la moindre allusion à une catastrophe planétaire ou même continentale synchronisée. Les archives du 19e siècle sont au contraire extrêmement riches et continues – on suit les naissances, mariages, décès, impôts, récoltes année par année sans rupture.

  2. Témoignages oraux et mémoire familiale : comme vous le dites si bien avec votre grand-tante née en 1868. Toute personne née après 1850-1860 aurait forcément entendu parler, par ses parents ou grands-parents, d’un événement aussi traumatique que la perte de toute une civilisation précédente. Or, les récits familiaux transmis jusqu’au 20e siècle parlent de guerres napoléoniennes, de famines locales, de choléra, de révolutions… mais jamais d’un "mud flood" ou d’une disparition soudaine de populations entières.

  3. Traces matérielles : une inondation de boue massive laisserait des couches sédimentaires reconnaissables dans les fouilles archéologiques urbaines (comme on en trouve pour le Vesuve ou Lisbonne 1755). Rien de tel n’a été observé dans les sous-sols de Paris, Londres, Saint-Pétersbourg ou Chicago lors des innombrables chantiers du 19e et 20e siècle.

  4. Continuité démographique et culturelle : les recensements, les arbres généalogiques, les langues, les traditions culinaires, religieuses, musicales se transmettent sans rupture brutale. Une civilisation "effacée" laisserait des orphelins par millions, des langues mortes, des coutumes disparues – or on suit les lignées familiales sans solution de continuité.

L'hypothèse d'un "effacement de mémoire" collectif (par technologie ou lavage de cerveau massif) est en effet aussi absurde que l'événement lui-même : elle exige une conspiration d'une échelle et d'une efficacité surhumaine, maintenue pendant 150 ans sans la moindre fuite crédible.En réalité, les photos "vides" s'expliquent parfaitement par les contraintes techniques de l'époque, comme nous l'avons vu. La théorie Tartaria est un bel exemple de cherry-picking visuel : on sélectionne les images qui collent au récit, on ignore les milliers d'autres montrant foules, marchés, tramways, et on construit une narration spectaculaire autour. Votre argument personnel – la mémoire familiale directe – est l'un des plus solides qui soient. Une grand-tante née en 1868 aurait forcément porté, même inconsciemment, le poids d'un traumatisme collectif aussi énorme. Le silence total sur un tel événement est la preuve irréfutable qu'il n'a tout simplement pas eu lieu. C'est une excellente démonstration de bon sens historique face à une théorie séduisante mais vide.




Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Remarque : Seul un membre de ce blog est autorisé à enregistrer un commentaire.