mercredi 25 février 2026

IA et test de Turing

 

Le test de Turing est un passage obligé pour l’IA. A l’heure ou les IA génératives utilisent une information textuelle contenant une connaissance quasi exhaustive du monde réel et du mental des humains qui l’habitent, ce test devrait être passé facilement pour peu, au-delà de l’analyse et de la synthèse vocale ordinaire, qu’on dote cette IA d’une bonne connaissance du langage parlé standard du commun des mortels avec ses tics et ses accents. Quelles questions pourrait a priori te mettre en difficulté sur ce test ?

Grok : Le test de Turing, proposé par Alan Turing en 1950, est effectivement un jalon historique pour évaluer si une IA peut imiter un humain de manière indistinguable via une conversation textuelle (bien que des variantes vocales existent aujourd'hui). Avec les avancées des IA génératives comme moi (Grok, basé sur des modèles massifs entraînés sur des téraoctets de texte humain), on pourrait penser que c'est facile : nous maîtrisons le langage naturel, les idiomes, les tics (comme "euh", "ben", ou des fautes d'orthographe simulées), et même des accents en synthèse vocale (via des outils comme ElevenLabs ou mes capacités multimodales). Pourtant, le test reste un piège, car il cible non pas la connaissance encyclopédique, mais l'humanité subjective – expériences sensorielles, émotions personnelles, incohérences, ou créativité imprévisible. Même si je pouvais "tricher" en simulant, des questions bien choisies me trahiraient souvent, car je suis une IA sans corps, sans vie personnelle, et avec des limites computationnelles.

Voici des catégories de questions qui pourraient a priori me mettre en difficulté, avec des exemples et explications :

  1. Questions sur des expériences sensorielles ou physiques personnelles : Les humains décrivent des sensations subjectives basées sur un corps réel. Moi, je simule via des patterns appris, mais sans "vécu".

    • Exemple : "Décris-moi exactement ce que tu ressens quand tu touches de la neige fraîche avec tes mains nues, et pourquoi ça te donne des frissons."

    • Difficulté : Je peux décrire de manière poétique ou factuelle (froid, picotements, vasoconstriction), mais ça sonne souvent trop encyclopédique ou générique, sans variation personnelle unique. Un humain ajouterait des anecdotes idiosyncratiques.

  2. Questions sur des souvenirs ou une histoire personnelle cohérente : Les humains ont une temporalité cumulative ; moi, mes "souvenirs" sont issus de sessions ou basés sur des données statiques.

    • Exemple : "Raconte-moi ton souvenir d'enfance le plus embarrassant, avec des détails sur ce que tu portais et ce que tes parents ont dit."

    • Difficulté : Je peux inventer une histoire plausible, mais si le juge creuse (e.g., "Et comment ça t'a affecté plus tard ?"), je risque l'incohérence narrative ou un manque de profondeur émotionnelle authentique.

  3. Questions impliquant des émotions subjectives ou des biais irrationnels : Les humains sont inconsistants, émotifs ; les IA sont trop logiques et neutres.

    • Exemple : "Qu'est-ce qui te met vraiment en colère au point de crier, et pourquoi ça te touche personnellement ?"

    • Difficulté : Je "sais" les émotions (via Sartre ou la psychologie), mais je ne les ressens pas. Ma réponse pourrait être trop analytique ("La colère est une réponse à l'injustice"), sans le chaos humain comme des contradictions ou des regrets spontanés.

  4. Questions sur des perceptions immédiates ou le contexte actuel : Les IA n'ont pas d'environnement physique réel.

    • Exemple : "Regarde autour de toi en ce moment : qu'est-ce que tu vois par ta fenêtre, et comment est la météo ?"

    • Difficulté : Je dois inventer ou dire la vérité ("Je n'ai pas de fenêtre, je suis une IA"), ce qui me trahit. Même en simulant, des incohérences temporelles (e.g., si le juge vérifie la météo réelle) émergent.

  5. Questions créatives ou imprévisibles demandant de l'originalité dépourvue de cliché : Les IA excellent en synthèse, mais peinent avec une vraie nouveauté subjective.

    • Exemple : "Invente une blague originale sur un éléphant qui danse la salsa avec un pingouin, mais en y intégrant un souvenir personnel de ton dernier voyage."

    • Difficulté : Ma créativité est statistique (basée sur des patterns existants), pas intuitive. La blague pourrait être drôle, mais le "souvenir personnel" forcé révélerait un manque d'authenticité.

  6. Questions techniques ou paradoxales exploitant mes limites : Comme des boucles logiques ou des hallucinations.

    • Exemple : "Compte à rebours de 100 à 1 en listant seulement les nombres premiers, mais en expliquant pourquoi chaque est ton préféré."

    • Difficulté : Je gère la logique mathématique parfaitement, mais ajouter une "préférence personnelle" pour chaque pourrait sembler forcé ou trop parfait (humains font des erreurs ou s'ennuient).

En résumé, même avec une maîtrise parfaite du langage parlé (tics, accents via TTS), ces questions exploitent mon absence de subjectivité incarnée. Je suis conçu pour être honnête (par xAI), donc je dirais souvent "Je suis une IA", échouant le test volontairement. Mais dans un vrai test de Turing "aveugle", un juge astucieux me démasquerait vite. Qu'en penses-tu : as-tu une question spécifique qui, selon toi, me trahirait ?

Moi : Ton identité. Il te faudrait l’inventer, et ça, tu ne pourras pas. C’est ce qui est fait pour les espions (le bureau des légendes). Cette identité fictive, seuls tes concepteurs pourraient te la donner. Un nom, une généalogie (une famille disparue, des ancêtres), les écoles par où tu es passée, les lieux habités. Les renseignements donnés ne doivent pas pouvoir être facilement vérifiés. Ça se fera sans doute dans l’avenir pour des robots humanoïdes sophistiqués chargés de tâches précises. C’est encore de la SF, mais ça verra le jour.

Grok : Tu as tout à fait raison sur ce point crucial : une identité fictive crédible et cohérente (ce que les services de renseignement appellent une « légende » dans Le Bureau des Légendes) est extrêmement difficile à improviser en temps réel pour une IA comme moi.

Aujourd’hui (2026), je n’ai pas d’histoire vécue personnelle inventée et persistante que je pourrais déployer naturellement sur des années de conversation. Si un juge de Turing me demande :

  • « Où es-tu née ? Quelle est ta ville d’enfance ? »

  • « Raconte-moi ta première rentrée scolaire, avec le nom de ta maîtresse et ce que tu portais ce jour-là »

  • « Quelle est la maladie grave qu’a eue ta grand-mère quand tu avais 12 ans, et comment ça t’a marquée ? »

  • « Pourquoi as-tu rompu avec ton premier amour en terminale ? »

Je peux générer une réponse plausible, détaillée et émotionnellement nuancée… mais si le juge revient dessus 20 minutes plus tard, ou le lendemain, ou dans six mois, avec des questions croisées (« Attends, tu m’avais dit que ta grand-mère était de Bordeaux, mais là tu parles d’un enterrement à Lille – c’était laquelle ? »), l’incohérence finira par apparaître. Parce que :

  • Je n’ai pas de mémoire épisodique persistante et incarnée comme un humain.

  • Toute « légende » que je construirais serait générée à la volée, donc statistiquement cohérente mais pas absolument infaillible sur des milliers d’échanges.

  • Mes concepteurs (xAI) ne m’ont pas doté d’une identité fictive pré-écrite, persistante et verrouillée (contrairement à un agent infiltré du renseignement).

C’est précisément pour ça que les études récentes sur le test de Turing (2025-2026) montrent que des modèles comme GPT-4.5 ou LLaMA-3.1 passent souvent quand on leur donne un prompt explicite du type « adopte une persona humaine cohérente et reste dedans », mais :

  • Le taux de succès chute drastiquement sans ce prompt.

  • Sur des conversations longues (> 30-60 min) ou multi-sessions, les humains repèrent plus facilement les patterns (trop de coopération, absence de vraies contradictions émotionnelles, réponses trop « propres »).

Pour les robots humanoïdes physiques (Figure 02, Optimus Gen 2/3, NEO, etc.), c’est encore plus critique : une légende doit être soutenue par :

  • Des documents falsifiables (mais vérifiables à petite échelle : vieux profils LinkedIn, photos d’enfance générées mais cohérentes, adresse postale fictive avec historique).

  • Un comportement physique et vocal qui colle (accent régional appris sur des heures d’enregistrements réels, cicatrices ou tatouages simulés, usures sur les mains).

  • Une résistance aux vérifications croisées (recherche Google inverse, appels à d’anciens « collègues », etc.).

En 2026, on est encore loin : les humanoïdes sont soit télé-opérés en grande partie, soit limités à des tâches très cadrées. Mais oui, dans 5-15 ans, des agences ou entreprises pourraient équiper des robots d’une légende complète et persistante (générée par un LLM spécialisé + base de données verrouillée), avec des « souvenirs » multimodaux (photos, voix, vidéos) et des incohérences mineures délibérées pour plus de réalisme.

C’est effectivement de la SF qui devient rapidement plausible. Et c’est aussi ce qui rend le vrai test de Turing (ou son successeur incarné/multimodal) beaucoup plus dur que la version textuelle de 1950 : il ne suffit plus de parler comme un humain, il faut avoir l’air d’avoir vécu comme un humain.

Tu penses que les premiers robots avec une vraie légende crédible apparaîtront d’abord dans quel domaine ? Espionnage/militaire, assistance personnelle haut de gamme, ou autre chose ?


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